Exemples

Gérard DEPARDIEU

Gérard DEPARDIEU, né le 27-12-1945 à 07h55 (Châteauroux)

Le ciel natal de Gérard Depardieu se caractérise par les éléments suivants :

      • Une conjonction SOLEIL-JUPITER-MERCURE-MARS proche de l’ascendant en Capricorne, opposée à URANUS se couchant en Gémeaux et carré à NEPTUNE en Balance au Milieu-du-Ciel et au trigone partiel de SATURNE en Vierge
      • VENUS en Sagittaire, conjointe à la LUNE en Scorpion, carré à SATURNE et trigone à PLUTON.

« rR » Capricorne.

Affirmation totale et totalitaire d’un moi entier, massif, envahissant, en représentation tendue : Depardieu se pose et en impose, sa présence renvoie les autres au rang de second rôles, rejetés dans l’ombre de la lumière écrasante qu’il projette et accapare. Une ambition absolue, obstinée indifférente à tout ce qui n’est pas son projet essentiel : paraître, jouer un rôle important, être le plus fort, le premier et le meilleur, le modèle incontournable, la référence indubitable. Un ego narcissique, jovial et ombrageux, une volonté granitique, monolithique que rien ne saurait ébranler, faire dévier de son but. Un caractère entier, abrupt, qui, tout en sachant quand il le faut se négocier avec opportunisme, est pourtant peu porté, au fond, aux compromis et compromissions : il y va de son orgueil, de son image de marque, d’une certaine idée de lui-même, sur lesquels il ne transige guère.

Sous la dissonance de SOLEIL-JUPITER à URANUS, il peut osciller entre le goût et le besoin de plaire, de se faire reconnaître à tout prix – ce qui expliquerait qu’il accepte presque tous les rôles qu’on lui propose – et l’envie de s’investir dans des rôles plus originaux, plus pointus. S’il sait pourtant prendre des distances vis-à-vis de son rôle et rire des outrances de son personnage de « monstre sacré » intouchable, rester à l’écoute de son entourage et ouvert aux rencontres variées, cette ouverture reste sélective : pas question pour lui de s’embarrasser de présences inutiles ou de curiosités qui risqueraient de le détourner de sa passion, à laquelle il s’identifie quasi totalement.

Transcendance extensive et trigone de Saturne.

On ne saurait pourtant réduire Depardieu à cette présence écrasante, cette énorme carcasse d’ours, ce personnage tendu et excessif taillé dans le marbre. Sous la carapace du cabotin incapable de se passer de la scène frémit une sensibilité profonde et intuitive. L’ogre qui dévore les écrans a ses états d’âme, ses complexités, ses subtilités.

Dissonance de JUPITER-MERCURE-MARS à NEPTUNE : comment exprimer, communiquer et faire vivre ces aspirations profondes qui le traversent et le soulèvent de l’intérieur comme une houle irrépressible ? Depardieu semble simple, net et carré, il est pourtant plein de méandres, de complexité et d’ambiguïtés, oscillant entre générosité intéressée et désintéressée, tâchant à grand peine de contrôler et maîtriser (« r ») les furies d’une affectivité violente et exacerbée (« e »). Il cherche inlassablement des rôles pour incarner et représenter ses états d’âme, son ressenti des êtres, des choses et des situations. Il hésite entre l’énaurme-spectaculaire et le ténu-subtil. Un irrépressible vouloir profond l’emporte souvent sur les plans de carrière : paris fous, expériences risquées pouvant mettre en péril l’image de marque… Tout en restant, au fond, réaliste et concret : le niveau « E » consonant encadre les foucades des dissonances « r-T ».

Intersection uranienne…

Les groupes « r » et « T » ont URANUS pour point commun. Un Uranus en Gémeaux : envahissant, émergeant de la masse en brassant de multiples personnages : réduction du multiple à l’unique d’un Depardieu dont on ne peut oublier que c’est lui, Depardieu, quel que soit le rôle qu’il joue. Et lorsque URANUS transite la conjonction SOLEIL-JUPITER natale, c’est la consécration, la fusion « T-R » absolue : en jouant Cyrano, il conjugue prophétisme brouillon et implacable intransigeance, classicisme et rupture, émotion profonde et cabotinage parfaitement maîtrisé.

Vénus-Lune-Pluton faibles.

Ombre du « héros » : pas de cocon douillet, pas de tendre plénitude, pas de sucreries paisibles chez Depardieu. S’il sur-occupe en permanence les devants de la scène, n’est-ce pas parce qu’il ne parvient pas à s’appartenir, à s’abandonner à une douce quiétude dont il craint qu’elle ne soit un piège étouffant ? Crainte des douceurs et langueurs d’une anonyme intimité. Et peut-être inavouable sentiment de solitude, fuite des complexités de la vie amoureuse, angoisse devant ces duos silencieux où se révèlent l’indicible, l’irreprésentable, où l’on ne peut plus jouer de rôle, où l’on se retrouve face à soi-même, dépouillé de tout artifice. L’horreur : se retrouver seul, nu et sans nom, dans l’ombre dense et épaisse des coulisses où un autre essentiel se dévoile obscurément, loin des feux de la rampe… un essentiel qui est peut-être un profond manque affectif.

Richard PELLARD


Yannick NOAH

Yannick NOAH, né le 18-05-1960 à 12h45 (Sedan)

Le « R extensif » en Taureau : il s’agit pour Yannick Noah de maintenir des mécanismes de défense vigilants (F- naturelle) visant à préserver sa joie de vivre, son goût du jeu et des plaisirs variés et éclectiques (R). Son jeu est rapide, varié, plus tactique que stratégique (Vitesse d’excitation). Bien plus que celui d’un sportif, c’est un jeu d' »artiste », du grand spectacle, de la « représentation extensive ». Noah « joue » vraiment au Tennis. Son goût du paraître ne l’empêche pas de ne pas se prendre au sérieux. Sur les courts, il séduit et amuse… ce qui ne manque pas de lui poser des problèmes de continuité et de concentration.

La Lune en Poissons opposée à Pluton et trigone à Neptune : de quoi se sentir marginal, inintégré. Une nature secrète, réceptive aux subtilités de son environnement. Noah se sent étranger, d’ailleurs, autre part. Il ne lui est pas toujours facile d’être présent à ce qu’il vit, à ce qu’il fait. Fragilité du psychisme, difficulté de la confiance, réceptivité à l’étrange et puissance du rêve. Une part « secrète » et vulnérable de la nature de Noah, qui ne se sent guère à l’aise sous les projecteurs de l’actualité. Un besoin profond de se couper du monde (F- extinctive des Poissons) pour se ressourcer dans son quant-à-soi.

Pluton carré Soleil/Mercure : Noah garde une grande distance à l’égard de son rôle, de son image publique, de son personnage. Un refus de s’illusionner, de se laisser prendre aux miroirs aux alouettes du star-system… Mais aussi de nombreux paradoxes et ambiguïtés, qui débouchent sur des problèmes d’identité. Beaucoup de questionnements, d’incertitudes, d’interrogations quant à ses buts, projets et orientations. L’impression, souvent, d’être étranger à soi-même. Une exigence d’authenticité et de lucidité qui est difficilement compatible avec le goût du spectacle. Au vertige de l’être s’oppose le vertige du paraître.

Vénus opposée Neptune et carré à Uranus : l’émotivité est complexe, en dents de scie. L’hyperémotivité et les sautes d’humeur rendent difficile une vie sentimentale simple. Conflit entre la sensualité (e intensif) et la discipline, le contrôle, la rigueur (Uranus).

« E extensif » faible : on ne peut évidemment pas parler de manque de muscle ou de combativité chez un sportif de ce niveau… Et pourtant ? La faiblesse du niveau « E » permet de s’interroger sur le goût de l’effort, sur l’endurance et l’aptitude à gérer ses potentiels physiques. Noah préfère le jeu acrobatique, esthétique et spectaculaire au jeu « en force », économe, raisonnable, réfléchi. Le moral n’est pas toujours présent. Les doutes sur soi, la vulnérabilité affective, le sens de la fête que lui donnent ses structures dominantes semblent incompatibles avec le goût des luttes.

Richard PELLARD


Léo FERRÉ

Léo FERRÉ, né le 24-08-1916 à 16h00 (Monaco)

Le thème de Léo Ferré se caractérise par :

      • Une opposition de MARS en Balance à JUPITER en Taureau dans le plan méridien
      • Une conjonction PLUTON-LUNE-VENUS-SATURNE se couchant en Cancer au carré partiel de MARS et au sextile partiel de JUPITER
      • URANUS en Verseau trigone à MARS et opposé au SOLEIL en Vierge, ce dernier étant au sextile de PLUTON et au trigone de JUPITER, NEPTUNE en Lion, conjoint à SATURNE et carré à JUPITER ; MERCURE en Vierge sextile à SATURNE.

« E extensif » dissonant « e intensif ».

A l’intensité du ressenti, de l’éprouvé et du vécu s’opposent la logique du réalisme, du bon sens et de la gestion du concret. Ferré réagit avec son coeur et ses tripes, à brûle-pourpoint, à bout portant. Il se sent violemment exister et éprouve de grandes difficultés à contrôler et maîtriser ses émotions violentes. Il supporte mal que la réalité des situations s’oppose à ses désirs impérieux, qu’il voudrait voir se réaliser immédiatement alors même que, pragmatique, il sait bien que ce n’est pas toujours possible ou même souhaitable. Il exprime sa tendresse à coups de poing en s’en voulant de son impulsivité, de sa brutalité. Ses goûts et dégoûts sont violents, viscéraux et, tout en cherchant à s’auto-discipliner, à prendre du recul à leur égard, il ne sait guère les cacher et se laisse facilement emporter par la passion.

Mars-Balance dissonant Jupiter-Taureau.

L’urgence de l’action, de la réaction première rend difficile toute négociation. Aux règles de la vie en société, on oppose la turbulence offensive de réactions « naturelles » et instinctives qui ne souffrent aucune limitation. Il fait comme il sent dans l’instant, et tant pis s’il néglige ainsi ses intérêts bien compris. Ferré excelle dans les provocations violentes et théâtrales à l’ordre établi. C’est aussi le langage de la rue contre celui de l’Académie, le parler-vrai qui s’enfle pourtant de boursouflures…

Saturne-Pluton.

Quête d’un sens profond et esprit critique sur-développé, sentiment du dérisoire ou de l’absurde… Ferré s’efforce de maintenir une froide lucidité et une distance aussi grande que possible vis-à-vis de ce qu’il vit et ressent.

Lune-Vénus-« t » en Cancer…

Désirs globaux et complexes avec lesquels il fait intimement corps… L’amour est un voyage au bout de la nuit, au fond de soi-même, une plongée dans l’inconnu, un perpétuel dérangement. Il faut aimer sans se soucier des morales convenues, vivre toutes les facettes de ses émotions jusqu’au vertige en se protégeant de toute pression extérieur, en interdisant à quiconque de pénétrer à l’intérieur d’un univers intime clos, verrouillé. Ferré vit dans un clan fermé peuplé de marginaux et de coeurs meurtris, vilain petit canard asocial, habité-habitant d’un insondable ailleurs à l’intérieur duquel il voudrait vivre la multiplicité de ses désirs et besoins sans jamais être frustré de rien… et en se sentant toujours quelque part incomplet, frustré, en manque d’un « je ne sais quoi et d’un presque rien » intensément désiré et poétiquement ressenti.

… dissonants à Mars-Balance.

Sortir de l’univers clos du Cancer, accepter de s’ouvrir au monde et de s’associer à lui passe par une brutale confrontation. Ferré sort de son cocon pour combattre. Il va au-devant des autres en s’opposant à eux, en les provoquant, les excitant, voire les agressant. Quand la brûlure du réel est trop forte, il se replie dans le champ clos de son intimité tourmentée… pour ensuite repasser à l’attaque.

Mars-Pluton.

Noyau d’insubordination pure, en lutte ouverte et sournoise à la fois contre tous les pouvoirs établis, toutes les certitudes qui se veulent éternelles. Humour cru du désespoir d’un combattant de l’ombre qui n’espère rien pour l’immédiat. Révolte violente contre tout ce qui empêche d’être pleinement soi et parfaitement centré à l’intérieur de soi. Savoir l’inanité de toute lutte, et lutter quand même, parce que les combats désespérés sont les combats les plus beaux. Militer pour un indicible absolu qui toujours se dérobe et s’éloigne.

Mars trigone Uranus-Verseau.

Indiquer la voie des luttes malgré tout. Prophétiser les confrontations futures qui recréeront un autre ordre du monde. Avoir une détermination implacable pour continuer à exister en dépit de tous les désespoirs tout. Justifier ses révoltes instinctives, viscérales, par quelques zestes de théories sans pour autant se faire d’illusions à leur sujet.

Triangulation consonants Jupiter-Pluton-Soleil.

Et paraître malgré tout. Jouer son rôle. Etre en vedette. Imposer sa présence et son message, tout en restant lucide et authentique. Jouer les anti-modèles quasi officiels, les opposants déclarés, les dérangeurs institutionnels. Briller d’un sombre éclat. Faire reconnaître les causes perdues. Afficher ses zones d’ombre. Se faire le porte-parole de l’innommable, le drapeau de l’irreprésentable, devenir un pape de l’anarchie.

Mercure n° 10.

Aucune légèreté, aucune décontraction insouciante, aucun joyeux ludisme chez Ferré. Il ne s’amuse pas, il ricane. Il n’a pas de curiosités gratuites : que des interrogations de fond.

Richard PELLARD


 Pierre PERRET

Pierre PERRET, né le 09-07-1934 à 18h00 (Paris)

Le thème de Pierre Perret se caractérise par les éléments suivants :

  • Une conjonction VENUS-LUNE-MARS en Gémeaux au Descendant, au trigone partiel de JUPITER en Balance au Milieu-du-Ciel et de SATURNE en Verseau,et au carré partiel de NEPTUNE en Vierge
  • Une conjonction SOLEIL-MERCURE-PLUTON en Cancer, au carré de Jupiter,au carré partiel d’URANUS en Taureau
  • L’ensemble valorise nettement les niveaux « e » et « E », puis le « R », le »t » et le « r »
  • Niveau faible : le « T »
  • Signes dominants : Cancer-Gémeaux.

« e »-« E ».

Commençons par le trigone de Jupiter à Vénus en Signes d’ouvertures : l’affectivité est extravertie, heureuse et chaleureuse, sous le signe de la bonne humeur et de la décontraction. Au menu : les divers plaisirs, tangibles et charnels de la vie, avec leur mode d’emploi : comment en tirer le maximum de satisfactions, se saisir de la moindre opportunité pour accroître son capital de jouissance dans un climat de tendresse fleur-bleue et de jovialité tonitruante, d’émois printaniers et de bon sens gestionnaire. Soyons optimistes, ne laissons pas passer les occasions de faire fructifier le bonheur des sens, de se rassasier de nourritures terrestres. La popularité a ses recettes, le succès aussi, il faudrait vraiment être un froid pisse-vinaigre pour n’en pas profiter.

Amour charnel de la vie protéiforme. La jouissance à la fois brute et sereine, à bout portant. Ambiances animées et chaleureuses, la tortore savoureuse, aussi gourmette que gourmande, pour le club ouvert des relations intimes. Bien sûr, sous le carré de Neptune à Vénus, il arrive que des coups de cœur fassent dérailler la raison, qu’on ait envie d’amours et de plaisirs moins licites. Généreux ostentatoire et cœur d’artichaut. Et sous le trigone de Saturne à Lune-Mars, toujours la petite tentation de s’isoler pour faire le point, de cultiver des jardins secrets où ne poussent pas que des poireaux et des tomates. On sait tempérer sagement de solides, gaillards et égrillards appétits, quand il le faut. Pour finir, retour au trigone Jupiter-Vénus : chansons d’amour et chansons égrillardes se marient sans problèmes, dans la chaleur et la saveur d’un verbe argotique mais respectueux de la langue, qui charrie la vie par tous ses pores.

Jupiter carré Soleil/Mercure/Pluton en Cancer.

Jupiter en Balance le rendrait volontiers hyper-sociable conformiste… Mais sous le Perret-des-familles habitué aux succès garantis des ritournelles paillardes s’en cache un autre : un qui protège jalousement son pré-carré de dissidence. L’affreux jojo contestataire s’avance masqué de bonne humeur, mais ne cède pas sur l’essentiel. Vous saurez tout sur le zizi, zizi-gomatique peut-être, mais zizi-zanie aussi. Mine de rien, il fait passer l’impassable, accepter l’inacceptable, par la grâce d’un Jupiter triomphant qui se refuse à museler un Mercure entre Soleil et Pluton : malicieux et séditieux tout à la fois. Le décapage est rondement et habilement mené, on conteste dans la bonne humeur, sans trop dépasser de très cancériennes limites. Jusqu’à en acquérir une stature de persifleur officiel, un tonton qui dérange un peu et qu’on aurait bien envie de censurer… mais tellement tendre, gentil et sociable qu’on ne peut lui en vouloir. Après tout, il fait partie de la famille, et, s’il épice parfois un peu lourdement la soupe, il ne crache pas dedans : l’essentiel est préservé.

Uranus faible.

Chez Perret, le « T » est en général aux abonnés absents, et Uranus en premier. Pas de discours théorique, pas non plus d’envie de se différencier systématiquement, de se plier aux exigences d’une froide raison, d’une claire logique. Le sextile Saturne-Uranus est l’aspect le plus faible du thème : la discipline, l’ordre et la méthode ne sont pas la tasse de thé de ce bon vivant. On n’innove pas, on exploite. Et le joyeux bordel bon-enfant est préférable à l’organisation stricte.

Richard PELLARD


Marcel PROUST

Marcel PROUST, né le 10-07-1871 à 23h30 (Paris)

Marcel Proust (1871 – 1922) s’efforça d’atteindre la substance du temps pour se soustraire à sa loi, afin de tenter de saisir, par l’écriture (où le « temps perdu » est enfin retrouvé), l’essence d’une réalité enfouie dans l’inconscient et « recréé par notre pensée ».

La vie de Proust

Né à Paris d’un père médecin et d’une mère issue de la haute bourgeoisie juive, Proust grandit à Paris et à Illiers, village de la Beauce dans lequel il passa la plupart de ses vacances. Très jeune, il se mit à fréquenter les milieux mondains () de la capitale et à écrire. Sa vie se partageait alors entre les plaisirs du monde, la lecture et l’écriture. En 1903, Proust fut profondément éprouvé par la mort de son père, puis par celle de sa mère en 1905 à qui il vouait une véritable adoration. A partir de 1908, il se consacra davantage à son œuvre. En 1914, la mort accidentelle d’Alfred Agostinelli, avec qui il avait une liaison depuis 1907, laissa Proust en proie à un immense chagrin. La douleur provoquée par la perte de cet être cher le poussa à se réfugier dans l’écriture. Dorénavant et jusqu’à sa mort, Proust ne cessa de remanier ses textes, corrigeant les cahiers déjà écrits, les complétant, et se préoccupant de la publication de la « Recherche ». L’ensemble était achevé, mais les derniers volumes furent publiés après sa mort.

« A la recherche du temps perdu »

La « Recherche du temps perdu », à l’instar de « La Comédie humaine » de Balzac, est une somme romanesque. A la frontière des différents genres (roman psychologique, roman sociologique, roman d’apprentissage, roman poétique, roman philosophique, roman à la première personne) et les englobant tous, cette œuvre laisse transparaître la volonté d’un univers tout entier (peuplé de filles de cuisines et princesses du sang, de bourgeois conventionnels et d’homosexuels : « t » en Capricorne et « R » en Cancer, signes marqués par la Force d’inhibition et le Sens des ensembles d’où un univers paradoxalement clos sur lui-même), mais surtout les bouleversements que connaissent ces mondes au cours du temps. Elle s’organise autour d’un principe principal, celui de la narration à la première personne, qui commande l’ensemble du récit (Sujet).

« Un amour de Swann »

Ce roman est un fragment de , c’est la deuxième partie de « Du côté de chez Swann ». Son sujet en est l’amour et la jalousie qu’éprouve Charles Swann, un aristocrate, pour une demi-mondaine, Odette de Crécy.

Proust et le SORI

Avant d’aborder le thème astral de Proust, il apparaît important d’analyser cet auteur sous l’angle du SORI car son œuvre toute entière est le fruit de sa subjectivité. Or la subjectivité ou l’objectivité, comme l’intelligence ou la bêtise, ne sont pas inscrites dans un thème. Les planètes, les signes et surtout les maisons ne déterminent pas cet aspect de la personnalité car il est avant tout extra-astrologique Il est donc primordial d’analyser d’abord Proust à travers le SORI car son mode de fonctionnement à travers ce dernier donne une coloration spécifique à l’ensemble du thème astral de Proust.

« Un amour de Swann » est le seul roman écrit à la 3ème personne, pourtant à travers le personnage principal de Swann, on perçoit la subjectivité du narrateur : « Autrefois on rêvait de posséder le cœur de la femme dont on était amoureux ; plus tard, sentir qu’on possède le cœur d’une femme peut suffire à vous en rendre amoureux ».

Cette définition de l’amour, énoncée comme une vérité universelle concernant tout un chacun peut paraître erronée, donc subjective. En vertu de quoi peut-on affirmer que la structure de l’amour naissant est lié à une notion temporelle ; pourquoi Proust ne prend-il pas en compte la complexité des tempéraments qui vivent et ressentent l’amour chacun à leur manière ? Parce que Proust ne conçoit pas que l’on puisse avoir une vision différente de la sienne : Sa vérité est donc vérité universelle. On a ici la preuve, comme dans toute son œuvre, que Proust est avant tout subjectif. L’univers ne lui apparaît qu’à travers le prisme de sa propre subjectivité. Il est donc « Sujet » : Un « Sujet » (un individu) est confronté à un « Objet » (le monde extérieur) d’où naît une « Relation » (plus ou moins harmonieuse) laquelle produit une « Intégration » (un ensemble cohérent ou non selon la nature de la Relation entre Sujet et Objet). Le « Sujet » a un regard personnel sur le monde. Proust ne semble pouvoir accepter d’interactions entre son individualité (Sujet) et son environnement (Objet). Il ne semble n’y avoir qu’unilatéralité : ce que projette Proust sur le monde. , « Sujet », il n’interprète et juge le monde extérieur (Objet) qu’à travers les lunettes déformantes de sa propre histoire. Il se construit ainsi une vision du monde et une image de lui-même souvent éloignées des réalités objectives, et parfois même en totale contradiction avec elles. C’est pourquoi il affirme avec une certitude inébranlable Sa vérité en tant que vérité universelle (et soi-disant objective).

Proust ne peut avoir de rencontre réussie avec l' »Objet », car c’est un « Sujet » qui ne conçoit pas que l’on puisse avoir un point de vue à l’opposé du sien. Si « Sujet » n’est pas synonyme de subjectivité et qu’un « Sujet » peut être objectif, Proust est un « Sujet » qui n’a, de plus, pas conscience de sa subjectivité.

La « Relation » lui est ainsi inaccessible puisqu’elle est « le caractère de deux objets qui sont tels qu’une modification de l’un entraîne une modification de l’autre ». La « Relation » est en effet interactive. Or, Proust « Sujet » ne peut devenir « Objet » et refuse l’interactivité : c’est à lui (Sujet) d’imposer sa vision du monde extérieur (Objet) en faisant abstraction de tout point de vue contraire ou de la réalité objective.

Étranger et insensible à la « Relation », l' »Intégration » ne concerne pas davantage Proust. En effet, l' »Intégration » est l’ensemble à l’intérieur duquel « Sujet » et « Objet » sont en « Relation ». La différence entre « Sujet » et «  »Objet » n’existe plus. Ces derniers fusionnent dans une « Relation » homogène. Proust ne peut donc vivre en état d' »Intégration » car ce serait renoncer à toute illusion ego-volontariste et devenir un rouage insignifiant d’un vaste ensemble qui l’imprégnerait dans toute son intégrité. Or Proust reste immuablement centré sur lui-même, il est donc avant tout « Sujet » subjectif (non objectif et non conscient de sa subjectivité), ne peut devenir « Objet », fait abstraction de la « Relation » et n’accédera jamais à l' »Intégration ». Il faut donc placer l’œuvre de Proust dans un contexte subjectif.

Le thème de Proust

La hiérarchie planétaire du thème de Marcel Proust est la suivante :

  1. Neptune
  2. Lune
  3. Saturne
  4. Mars
  5. Jupiter
  6. Mercure
  7. Soleil
  8. Uranus
  9. Pluton
  10. Vénus.

Ce qui induit la hiérarchie RET suivante :

p, e, E, t, r, R, P, T.

Nous analyserons ainsi le thème de Proust à travers « un amour de Swann ».

Analyse astrologique d' »Un amour de Swann »

« Les vrais livres doivent être les enfants non du grand jour et de la causerie (« Rr ») mais de l’obscurité et du silence (« Tt ») ».

Dans cette citation, on remarque que le pôle « Rr » (Jupiter, Mercure, Soleil, Uranus) est rejeté au profit d’un univers moins représentatif. Ainsi l’opposition Neptune-Mars pousse souvent Proust à rejeter la réalité concrète (Mars) au profit d’un imaginaire (Neptune) supplantant cette réalité trop vulgaire. L’art est pour Proust une manière d’apprécier, par un système de transposition, ses semblables. C’est le cas lorsque Charles Swann rencontre pour la première fois Odette de Crécy :

« Quand un jour au théâtre il fut présenté à Odette de Crécy par un de ses amis d’autrefois… elle était apparue à Swann d’un genre de beauté qui ne lui inspirait aucun désir, lui causait même une sorte de répulsion physique ».

Cependant, après s’être revus plusieurs fois, Swann se rend un jour chez Odette :

« Elle était un peu souffrante… Debout à côté de lui, laissant couler le long de ses joues ses cheveux qu’elle avait dénoués, fléchissant une jambe dans une attitude légèrement dansante pour pouvoir se pencher sans fatigue vers la gravure qu’elle regardait, en inclinant la tête, de ses grands yeux, si fatigués et maussades quand elle ne s’animait pas, elle frappa Swann par sa ressemblance avec cette figure de Zéphora, la fille de Jéthro, qu’on voit dans un fresque de la chapelle Sixtine ».

Dès lors, Odette, désincarnée, œuvre d’art, devient l’objet de son amour :

« Quand il avait regardé longtemps ce Botticelli, il pensait à son Botticelli à lui qu’il trouvait plus beau encore et, approchant la photographie de Zéphora, il croyait serrer Odette contre son cœur ».

Ce besoin de transposition d’un élément de la réalité en sublimant ce dernier en un chef d’oeuvre artistique est certes le fruit de l’éducation bourgeoise de Proust, mais ne peut-il s’expliquer également par la conjonction Neptune-Lune trigone à Saturne, lui-même trigone à Vénus. En effet, Proust ne peut faire sien (Lune), un élément de la réalité (Mars), que s’il passe par le filtre de son imaginaire (Neptune) tout en devenant une abstraction (Saturne) réveillant alors paradoxalement l’amour et un désir physique cérébralisé (Saturne carré Mars et trigone à Vénus co-dominante : appel à Vénus).

Les relations entre Swann et Odette sont complexes car même s’ils se retrouvent tous les soirs dans le clan des Verdurin où Odette l’a introduit, il ne peut s’empêcher d’avoir une liaison avec une petite ouvrière qu’il retrouve chaque soir avant de se rendre chez les Verdurin :

« Et, d’autre part, préférant infiniment à celle d’Odette la beauté d’une petite ouvrière fraîche et bouffie comme une rose et dont il était épris, il aimait mieux passer le commencement de la soirée avec elle, étant sûr de voir Odette ensuite ».

La conjonction Lune en Taureau à Neptune en Bélier peut expliquer le fait que Swann aime avoir ses habitudes en se fondant dans un clan et en ne manquant aucun rendez-vous avec Odette et cela d’autant plus qu’avec la Lune en Taureau (Force d’inhibition), les habitudes, l’appartenance et la dépendance sont fortement ancrées chez Swann. Cependant, avec Neptune en Bélier, cela pousse Swann à rechercher un ressenti marginalisé (la petite ouvrière), comme sur un coup de tête (Bélier : Force d’excitation) irraisonné, irrationnel (Neptune).

Cette conjonction Lune-Neptune dans des signes, l’un en Force d’inhibition (Lune), l’autre en Force d’excitation (Neptune) pourrait ressembler à une dissonance, mais Swann sait cependant protéger son univers clos (Lune en Taureau) et avec la conjonction Lune-Pluton, s’il existe un appel, de par Neptune, au « T » (Pluton), Swann ne veut pas être radicalement marginalisé, rejeté et incompris (rapport ambigu avec un Pluton co-dominant).

Arrivant finalement à posséder Odette, il délaisse toutes les autres femmes pour elle et se rend chaque soir, serein et heureux, chez elle car elle lui appartient enfin, à lui-seul, corps et âme (Lune en Taureau). Ici la Lune semble alors prendre le pas sur Neptune puisque Swann préfère la fidélité et la stabilité (Lune) à des aventures lui procurant des sensations fortes (Neptune). On peut encore remarquer ici une dissonance « e » (en sens des contraires) à l’amas « Rr » (en Sens des Ensembles). Si Neptune en Bélier opposé à Mars en Balance pousse Swann à rechercher en effet des sensations fortes (Neptune) dans la réalité crue (Mars) : le milieu de la petite ouvrière, il prend conscience cependant que ces sensations nées d’une réalité concrète n’appartiennent pas à son univers, à sa classe sociale (Sens des Contraires). C’est pourquoi malgré cette dissonance « e/rR », le pôle « Rr » reprend vite sa suprématie pour protéger l’unicité (sens des ensembles) de ses relations (« Rr ») dans un milieu clos (Force d’inhibition) : celui d’Odette qu’il privilégie à l’univers de la petite ouvrière qui est en fait perturbateur.

Mais le roman bascule soudain irréversiblement dans la jalousie quand Swann a des doutes quant aux relations qu’entretiennent Odette et un certain Forcheville, rencontré dans le clan des Verdurin. Dès lors, lorsqu’Odette n’est pas avec lui, il la soupçonne d’être dans les bras d’un amant. Ainsi un soir, Odette refuse que Swann reste chez elle, prétextant qu’elle est lasse :

« Elle le pria d’éteindre la lumière avant de s’en aller, il referma lui-même les rideaux du lit et partit. Mais quand il fut rentré chez lui, l’idée lui vint brusquement que peut-être Odette attendait quelqu’un ce soir, qu’elle avait seulement simulé la fatigue et qu’elle ne lui avait demandé d’éteindre que pour qu’il crût qu’elle allait s’endormir, qu’aussitôt qu’il avait été parti, elle avait rallumé, et fait entrer celui qui devait passer la nuit auprès d’elle ».

La jalousie fait alors son apparition. Tout l’ensemble Neptune-Lune trigone Saturne trigone Vénus agit alors à nouveau, mais ici sous une autre forme. Swann ne peut supporter que ce qui lui appartient (Lune) lui soit retiré. Par le biais de son imaginaire (Neptune), il échafaude des hypothèses et est rempli de soupçons et de doutes (Saturne). Il ne peut supporter l’idée d’une dépossession (d’autant plus profonde et douloureuse que la Lune est en Taureau) par les sens (appel à une Vénus co-dominante trigone à Lune et à Saturne). Odette est sienne au point de ne faire qu’un avec lui (Lune en Taureau : osmose en « Force d’inhibition naturelle »).

Son pôle « Rr » (Jupiter, Mercure, Soleil, Uranus) se manifeste cependant de temps à autre. Ainsi lorsqu’il fait preuve de sociabilité dans le clan des Verdurin, seul salon qu’il finit par fréquenter par amour pour Odette :

« Il aimait la société des Verdurin. Là, comme au fond de tous les divertissements, repas, musique, jeux, soupers costumés, parties de campagne, parties de théâtre. Il se plaisait mieux que partout ailleurs dans le « petit noyau » et cherchait à lui attribuer des mérites réels, car il s’imaginait ainsi que, par goût, il le fréquentait toute sa vie ».

Malgré cette sociabilité, elle peut être assimilée à un milieu qu’il s’est approprié et où il a des habitudes bien ancrées (Lune en Taureau). Cependant la sociabilité est bel et bien présente : Swann sait se mettre au niveau du clan des Verdurin pour s’y intégrer (Jupiter) et y être reconnu (Soleil). Il sait ainsi briller dans ce milieu (Soleil), tout en étant divertissant et communicatif (Mercure), et en respectant les conventions (Jupiter) établies par ce petit clan. Ainsi le pôle « Rr » joue pleinement son rôle, mais en Cancer :

Ainsi Swann ne se cantonne qu’au clan des Verdurin, il ressent avant tout le besoin de se protéger de la surdose de stimuli extérieurs. Sa sociabilité et son besoin de reconnaissance s’exercent dans un milieu bien délimité, ces derniers ne se dispersent pas tous azimuts (dans tous les salons) : « Force d’inhibition bloquante ».

D’autre part, il fait preuve d’une certaine ténacité, il est ainsi fidèle au salon des Verdurin et ce n’est que dans ce salon qu’il fait preuve de persévérance pour être accepté, déployer sa sociabilité et être reconnu, même si cela peut déboucher sur des routines. Il cherche avant tout à construire une base solide à son intégration dans le clan : « Lenteur d’excitation ».

Enfin, pour Swann, il s’agit de maintenir l’homogénéité dans le clan des Verdurin. Chaque personnage de ce clan fait partie d’un tout dans lequel il est englobé. Ainsi même si Swann ne fréquente que ce salon, il veut être accepté intégralement et accepter tous les membres de ce dernier. Pour lui, même les du clan Verdurin font partie à part entière de ce dernier et contrairement aux autres membres, Swann cherche à tout prix à les intégrer dans le clan : « Sens des ensembles ».

Cependant, sentant à un moment sa disgrâce, il se réfugie dans une sorte de distance vis à vis du clan des Verdurin :

« Écoutez ! dit à Forcheville et au docteur, Mme Verdurin, Swann va nous dire la définition de l’intelligence par Fénelon, c’est intéressant, on n’a pas toujours l’occasion d’apprendre cela ».

Mais celui-ci ne répondit pas et en se dérobant fit manquer la brillante joute que Mme Verdurin se réjouissait d’offrir à Forcheville :

« Naturellement, c’est comme avec moi, dit Odette d’un ton boudeur, je ne suis pas fâchée de voir que je ne suis pas la seule qu’il ne trouve pas à la hauteur ».

Sentant une hostilité générale à son égard dans le petit clan, Swann reste silencieux peut-être par orgueil, par condescendance (« r » : Jupiter, Soleil) parce qu’il estime qu’il n’a pas à se rabaisser au niveau de cette classe sociale, peut-être encore par simple indifférence, ne se sentant pas concerné et en prenant de la distance (Saturne). Enfin est-ce peut-être également pour éviter tout conflit, ici la conjonction Lune-Neptune opposée à Mars rejette ce dernier car Swann n’aime pas se frotter à la réalité concrète avec tout ce qu’elle induit. Pour accepter son environnement ou pour s’en protéger, il pratique systématiquement le rejet de Mars, l’esquive d’une réalité trop brute, trop vulgaire et trop violente à son goût.

L’opposition Saturne en Capricorne à l’amas Jupiter, Mercure, Soleil, Uranus en Cancer fait ensuite son apparition lorsqu’il est définitivement exclu du clan des Verdurin. Il fait alors preuve d’esprit critique vis-à-vis des apparences et des soi-disantes conventions de ce petit noyau en en découvrant la bêtise et la mesquinerie :

« Le salon des Verdurin, qui tout à l’heure encore lui semblait amusant, respirant un goût vrai pour l’art et même une sorte de noblesse morale, lui exhibait maintenant ses ridicules, sa sottise, son ignominie ».

Mais cet esprit critique (Saturne) s’exerce également dans les milieux mondains (« Rr ») qu’il se remet à fréquenter, même si c’est à cette classe sociale qu’il appartient et dont il a toujours été imprégné (Lune) :

« Il ne regarda le général Froberville et le marquis de Bréauté qui causaient dans l’entrée que comme deux personnages dans un tableau, alors qu’ils avaient été longtemps pour lui les amis utiles qui l’avaient présenté au Jockey et assisté dans des duels, le monocle du général, resté entre ses paupières comme un éclat d’obus dans sa figure vulgaire, balafrée et triomphale, au milieu du front qu’il éborgnait comme l’œil unique du cyclope, apparut à Swann comme une blessure monstrueuse qu’il pouvait être glorieux d’avoir reçue, mais qu’il était indécent d’exhiber ».

Ici les aspects dissonants au « rR » (Lune carré à Jupiter, Soleil, Mercure, Uranus, et trigone à Saturne, lui-même opposé à cet amas ) font bloc pour se désolidariser de la sociabilité naturelle et des conventions (« rR »). A nouveau de retour dans sa classe sociale, dans le milieu où il a toujours évolué et dont il s’est imprégné, il le rejette soudainement :

« il n’était pas jusqu’aux monocles que beaucoup portaient (et qui, autrefois, auraient tout au plus permis à Swann de dire qu’ils portaient un monocle) ».

Il rejette ce milieu, autrefois « lunaire » pour lui pour aiguiser son esprit critique (Saturne) à l’égard de tous les artifices, le paraître, les conventions et les règles (« Rr ») de sa classe sociale. Il rejette également son Mars dominant dans la laideur de la réalité concrète (ex. : le monocle du général).

Swann passe alternativement d’une sociabilité et d’un besoin de reconnaissance naturels (Jupiter, Soleil, Mercure, Uranus en Cancer) à un esprit critique aiguisé (Saturne en Capricorne). C’est aussi bien le cas pour le clan des Verdurin dans lequel il s’intègre et fait preuve de sociabilité avant d’en découvrir tout l’envers du décor que de sa classe sociale. Cette attitude peut venir aussi de l’amas « Rr » en Cancer (en formule inadaptée) :

En effet, Swann n’est pas réceptif aux stimuli extérieurs au clan des Verdurin, il préfère choisir ce clan et s’y cantonner. Il ne sait pas exercer sa sociabilité et son besoin de reconnaissance tous azimuts et avec une adaptabilité surprenante. Il préfère évoluer en milieu clos et se cramponne à ce dernier : « faiblesse d’excitation associative ».

D’autre part, il ne sait pas prendre ses distances, couper les ponts, se refermer sur lui-même lorsque la situation l’exige. Ainsi lorsqu’il s’aperçoit qu’il est considéré comme un intrus dans le clan des Verdurin, il persiste et continue à le fréquenter au lieu de le quitter. Dès lors, ce qui devait arriver, arrive : il est un jour définitivement exclu et renier sans aucune possibilité d’agir. A force de ne pas pouvoir « s’exclure » lorsque la situation l’exige, les autres prennent une décision à sa place : « vitesse d’inhibition inadaptée ».

Enfin, Swann, dans son besoin de maintenir une homogénéité, une globalité dans le clan des Verdurin, ne perçoit pas que ce besoin d’être accepté par tous et d’accepter tout un chacun est un comportement à double tranchant. Ainsi à force de vouloir « englober » les inclus et les exclus, il est exclu par chacun d’eux et taxé de fourbe ne sachant pas choisir son clan. C’est en fait parce que Swann ne conçoit pas qu’il puisse exister de clans à l’intérieur d’un même clan « phase ultraparadoxale ».

Ainsi dans « Un amour de Swann« , on s’aperçoit que Proust sait faire fonctionner ses planètes dominantes voire co-dominantes, qu’il existe un basculement perpétuel entre Saturne en Capricorne et l’amas Jupiter, Soleil, Mercure, Uranus en Cancer, mais surtout que l’ensemble du thème se ligue contre Mars qui est sans cesse rejeté. En effet la réalité concrète lui insupporte, c’est le cas par exemple pour Odette que Swann trouve au premier abord laide au point de lui inspirer une répulsion physique, et qu’il rejette finalement, lorsqu’il ne l’aime plus car, « ré-incarnée », elle fait à nouveau partie de cette réalité trop crue qu’il ne peut accepter :

« Swann s’écria en lui-même : « Dire que j’ai gâché des années de ma vie, que j’ai voulu mourir, que j’ai eu mon plus grand amour, pour une femme qui ne me plaisait pas, qui n’était pas mon genre ! » « .

Pascale JAMAIS, le 6 avril 1997